Biographie


Jacky MICAELLI
CHANTEUSE CORSE

« chanter ? c’est carrément vital. Un cadeau »


          Jacky Micaelli est née à Bastia. « J’ai chanté avant de parler. Je n’ai pas choisi, c’est ainsi » confie –t-elle.

          C’est en 1986 que débute véritablement sa carrière artistique avec le prix du concours de chant de Radio France, la parution d’un premier 45 tours, et la première représentation, à Corbara, de l’œuvre de Perti « Gesù al sepolcro » qui révèle l’immense talent de Jacky. Son interprétation de l’oratorio dans les lieux mythiques que sont la Fenice de Venise (1988), la basilique de Lourdes (1989), la Scala de Milan (1990) ou au Festival de la Chaise-dieu (1992) donne à Jacky une dimension internationale.

          En 1988, elle représente la CORSE au Printemps de Bourges où elle remporte le Prix des auditeurs de Radio France. Au Trophée Radio France de la Jeune chanson française à Périgueux, elle remporte une « Truffe de Platine ». Cette même année Jacky est à l’Opéra Bastille et au Festival de Lille avec le groupe Donnisulana, pour un récital de polyphonies et interprèter l’œuvre de iannis Zénakis « A Hélène ».

En 1989, elle joue et chante dans la première comédie musicale corse, « A Pruvatoghja » de Mighele Raffaelli au théâtre de Bastia. Elle va alors de rencontres en rencontres, des chants sacrés au traditionnel en passant par la variété, le jazz et la classique. Elle est invitée à chanter aussi bien par Jacques Higelin pour un spectacle au Grand Rex de Paris et au Cirque d’hiver, que par Marcel Péres avec l’ensemble Organum ou avec le groupe de Polyphonie Tavagna.

          Jacky Micaelli sait prêter sa voix au répertoire sacré comme au profane avec la même passion, la même vérité.
De 1990 à 1992 elle effectue une tournée nationale avec la compagnie de danse Balmuz dans « A Mossa » récital de chants et de danses de Jacques Patarozzi. En 1991, son interprétation lors du Festival du Film et des Cultures méditerranéennes de Bastia, de la cantate pour une voix de femme, « A matria », révèle une nouvelle facette de son talent.
En 1992, débute avec le groupe Donnisulana une grande tournée internationale qui voit Jacky chanter au Texas, au Japon et dans toute l’Europe.

          Elle fait la connaissance en 1995 de Yuki Yamamoto et du groupe de « chants d’Okinawa »  , prélude à un second voyage du Japon. En 1996, elle chante et joue dans « A pesta », adaptation de « la peste » de Camus par Jean-Pierre Lanfranchi.

Cette année 1996 est marquée par la sortie de son premier CD en solo « Corsica Sacra » qui reçoit des récompenses aussi prestigieuses que le Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros, le Choc du Monde de la Musique et la Diapason d’Or. Une grande tournée suit la parution de ce disque.

          L’an 2000 la voit interpréter la cantate «  Corsica » de Jean Paul Poletti.

          Au japon, où elle effectue une grande tournée, elle chante avec Kazumi Watanabe, guitariste de JAZZ japonais.

          En mai 2001, elle publie son second CD « Amoresca », voyage dans l’espace méditerranéen où elle rencontre la Blues et la Sodade, tout en imprimant son âme Corse. Ce disque est dédié à son père « Cet homme qui écoutait mon chant, les mains croisés, sans mots, sans bruit. Ses yeux bleus me disaient alors : …chante, chante encore… »

          Elle enchaîne en 2004, sur un troisième CD « Fiamma »,
Un travail d’orfèvre autour des arrangements de jean etienne Langianni. Le trio FIAMMA est né au fil des concerts , veritablement moments de magie , tant la dimension spirituelle est forte……en direct.

          En 2005 le double ’album « Ti Ricordi » avec andré Jaume , jean etienne Langianni ,directeur artistique , et guitariste , Jacky Micaelli nous y livre une palette d’émotions si forte et variée que nous voyageons à travers le temps et l’espace ….entre passé , présent et rêve autour des chants corses qui ont bercé la mémoire collective de chacun.

et une création pour 2006/2007 est en route…
« Stella Matutina »… la dernière création produite par U Ponticellu , et unissant les talents de Jacky et de Jean etienne Langianni . Cette création est constituée de chants à la vierge , selon une tradition ancestrale en Corse. Jacky y chante une partie en ‘messe brève’ , accompagnée dans certaines pièces par certains stagiaires qui ont pu grâce au travail de transmission suivi depuis des années , aborder un repertoire sacré associé à une recherche spirituelle , sur les traces des deux artistes .


La Tradition et la Transmission
Le cheminement de U Ponticellu

    « Lorsque je chantais au Japon , il y a …..20 ans , je n’aurais pas pu mettre des mots clairs sur ce que je pressentais à propos de cette finalité qui est la mienne aujourd’hui  , dans le chant et dans la transmission… » , Jacky Micaelli  fait  ici un constat que porte U Ponticellu dans son éthique et sa pratique .


          

          La tradition ce n’est pas uniquement ce qui a existé jadis et qu’il faut conserver tel quel . C’est un héritage , un legs à recueillir , assumer , conserver mais aussi entretenir et faire fructifier en le renouvelant , afin de jeter un pont entre passé et présent : le présent prolonge le passé , le passé vit dans le présent qui prépare le futur , et pour ce futur le passé et le présent deviendront passé .

  Une tradition non recrée , assimilée et adaptée à chaque époque est  une tradition morte . La tradition vivante est transmission : elle exige une actualisation , un aspect  créatif . Cet apport se devra de respecter

l’esprit de la tradition , lequel esprit est un absolu qui transcende le temps . En s’appropriant la tradition , sa tradition , le disciple prend place dans une longue chaîne dont il est un anneau parmi une infinité d’autres , avant et après lui .
  Les musiques traditionnelles , c’est à dire orales , contiennent une sève venue du fond des âges , seule la parole , le son , donc l’oralité , en communiquent l’essence spirituelle . Elle préserve le caractère vivant , mouvant de la tradition . L’initiation grâce à laquelle elle se transmet requiert le contact direct , d’homme à homme pour que passe l’influence spirituelle inséparable de toute initiation .

 La tradition est donc d’abord mémoire , ce sont nos racines vives , notre centre  de gravité . Que sommes nous sans la mémoire de nos origines ? L’homme se condamne à la mort spirituelle s’il coupe le lien de la tradition , de sa tradition . La musique détient sa mémoire à elle . Ce sont les traditions musicales , elle vit dans et par l’oralité .

          Le cheminement de la polyphonie corse et " Stella Matutina" passe par le chant grégorien . Celui ci s’incorpore des éléments et archétypes primordiaux qui sous tendent toutes les musiques du monde et en font autant de voix d’un unique ‘Chant de l’humanité’ . L’archaique , valorisé positivement , n’est pas l’ancien ou l’antique perçu comme vétuste , lointain . Il désigne ce qui dans l’ancien est originel , ce qui échappe à l’emprise destructrice du temps et existe dans un présent perpétuel . L’archaique renvoie au commencement principiel , éternel , hors du temps .

Les valeurs de l’originel , de l’archaique , ne sont pas davantage actuelles à une époque qu’à une autre . Elles inspirent des créations nouvelles . ‘L’archaique participe de l’anthropologie qui vise à une connaissance globale de l’homme’ selon Claude Levi Strauss . Chaque tradition fournit à des hommes appartenant à telle culture , telle époque , un miroir où ils peuvent imprimer un vivant reflet de leur être essentiel , parce qu’ils ont en eux l’empreinte de cette tradition , et que chaque tradition est une image véridique de l’homme éternel. On trouve la tradition à l’intérieur de l’homme , dans son être spirituel . Cette transmission de la connaissance n’est autre que l’initiation  qui actualise un savoir que l’être possède virtuellement . L’initiation est ainsi l’accession à la tradition en soi , et dépasse le cadre de la tradition particulière qu’elle transmet . Ainsi en est il du chant grégorien qui lance ses plus profondes racines dans le « Chant de l’humanité » et dans les archétypes musicaux .

                                 L’archaisme permet d’être par delà tous les rôles et les masques du paraître car il permet l’expression d’une tradition primordiale :

« Le centre du monde , c’est ce lieu insaisissable où les traditions prennent naissance , où converge ou d’où émane tout ce qui relève de la traditionalité »

 La tradition invite à jeter un autre regard sur la modernité car en repensant les valeurs de la tradition et de l’archaique , on repense et lègitime la modernité . Les vrais modernes se gardent de récuser le passé au nom d’une aveugle fuite en avant .

   Ainsi du grégorien , la polyphonie corse tient la mélodie , pure vocalité , le chant . La voix sort du corps et le souffle produit par les poumons le fait retentir . Le chanteur accomplit un acte vital . L’acte de chanter crée une relation intime avec l’organe vocal grâce à quoi les émotions , l’affectivité s’extériorisent spontanément à travers le son d’un chant simple ou complexe , comme un trop plein qui de lui même aspire à sortir de nous . Il ne s’agit pas d’Ego , et nous pouvons prendre l’exemple des riucade ou mélismes en polyphonie corse . Jacky Micaelli explique dans tous ses stages qu’il est dangereux d’aseptiser la pratique de cette tradition sous peine d’en perdre le sens , l’âme , car dans le sacré comme le profane les riucade sont souvent l’expression d’une émotion forte liée à l’histoire de ce chant . On peut ainsi exprimer le ‘pietoso’ dans le deuil , ou le chagrin de l’amour perdu , mais ce peut être aussi la fatigue d’un travail dur ,  de l’animal comme de l’homme .
Quand il module son chant , l’homme émet un reflet sonore de son propre être .   
   La polyphonie corse , comme tous les chants traditionnels , harmonise voix et corps pour que le chant sonne avec plénitude , puissance . Il s’agit moins de chanter « beau » que de chanter « vrai » . Un chanteur traditionnel utlise sa voix comme moyen , non comme une fin en soi . Il est donc nécessaire dans la transmission de passer par une redécouverte de la « vocalité traditionnelle , de l’ancrage corporel de la voix , et de la portée spirituelle de cet acte . Chanter avec son corps , c’est retrouver une force primale qui deviendra musique potentielle , noyau originel de toute mélodie .

Nadine Cesari

avec le remarquable éclairage de J.Viret sur La tradition


 

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